Quand on se bat pour la scolarité d'un de ses enfants, parce que la situation est particulière, compliquée, que l'administration est rigide, on en oublierait presque que de gros défis existent aussi pour l'autre enfant, celle qui va bien, celle qui avance très bien et qui fait face avec maestria aux défis de la scolarité qui sont les siens .

Et oui, le dernier jour du collège, juste avant les vacances, notre Grande a repris en pleine face son histoire et ses peurs lors d'un cours de musique. 

Ca pourrait presque être banal, mais au final, elle en a été bouleversée, et la voir aussi mal m'a fait aussi culpabiliser. Le dernier jour de cours, à la dernière heure, notre Grande était KO, exténuée même, elle avait déjà eu deux évaluations (français et anglais) et arrive le cours de musique, où les enfants allaient être évalués en chantant "Dommage" (le rap à la mode du moment) par petit groupe de 4. La séance démarre, les enfants chantent et sentant les difficultés de prononciation de notre puce face à ce texte au débit très élevé, le prof lui demande de chanter seule, devant toute la classe, et la reprend, encore et encore, sur ses erreurs de prononciation, ses petits mots oubliés en raison du débit, la faisant dire et redire, répéter encore et encore ... sous les rires des camarades, et donc .. les pleurs de MaGrande. Et le prof de lui dire en fin de séance qu'elle serait obligée de recommencer, seule devant tout le monde, le jour de la rentrée. Le soir, c'est dépitée et encore en larmes qu'elle est montée dans la voiture. J'ai apaisé les choses autant que j'ai pu, j'ai travaillé le texte avec elle, je l'ai rassurée sur le fait que - même si elle fera ce que le prof lui demande - je me moque de la note... 

J'ai eu l'occasion de discuter il y a quelques jours avec sa professeure d'histoire, et elle me disait son admiration devant la force et le courage de MaGrande, ses efforts et c'est elle qui m'a dit : "notre système scolaire fait que votre fille n'a aucune reconnaissance de son histoire, de ce qui - pour d'autres - peut être assimilé à un handicap, elle a parlé plus longtemps chinois que français à ce jour et elle n'a pourtant aucune aide, aucun passe-droit lors des examens. Et pourtant, elle est parmi les plus travailleuses et parmi les très bons élèves de la classe.". 

Cela m'a fait réfléchir et j'ai repensé à ce que la MDPH m'avait répondu il y a 18 mois quand j'avais fait une première tentative de demande pour Loulou : "l'adoption n'est pas un handicap, Madame" (oui, je sais, mais ce n'était pas le propos, mais à l'époque, je me suis heurtée à un mur...). Pourtant, cette fois, je suis tombée face à des professeurs compréhensifs dans leur majorité, conscients des besoins des enfants et de leur rôle. Alors,  j'ai cherché sur le net, un article québécois dont je me souvenais sur l'apprentissage du français pour les chinois, et les difficultés morphologiques de la prononciation. Je l'ai retrouvé. Après mûre réflexion, j'ai fait un mail gentil et explicatif au professeur de musique, et je lui ai envoyé cet article. J'en ai bien sûr parlé à MaGrande, elle était d'accord. Je ne sais pas ce que cela donnera, mais il me semblait important de montrer à MaGrande que je la soutenais, que j'expliquerai les choses factuellement à son professeur... Affaire à suivre. 

En tous cas, si le sujet vous intéresse, je vous mets ici l'article : article_recherche_Quebec_APPRENDRE_LE_FRAN_AIS_AUX_CHINOIS