Il est à peu près 13h30, nous arrivons, fébriles, dans ce lieu que nous connaissons et qui pourtant nous impressionne toujours autant, celui où nous avons rencontré ta grande sœur il y a trois ans et demi, celui où, dans quelques heures, quelques minutes même, nous allons faire ta connaissance. Ce grand hall  nous est familier, mais nous parait toujours aussi impressionnant, un sentiment bizarre s’empare de nous : une impatience certaine, une appréhension aussi ; nous savons si peu de choses sur toi, nous avons si peu de temps pour réaliser que tu allais entrer dans notre famille, dans nos vies.

Des familles américaines sont là, s’approchent d’enfants qui deviennent instantanément les leurs, nous prenons nos marques, nous respirons, un peu plus vite, un peu plus fort à mesure que le temps passe. Ca y est, notre guide vient chercher l’autre famille avec laquelle nous partageons l’aventure, plus que quelques secondes avant le reste de leur vie, toute neuve, avec leur petite fille, ça y est, elle est dans leurs bras. Elle a deux ans à peine, c’est encore un bébé. Papa filme, je prends des photos de cette rencontre intense, et, alors que je baisse l’appareil photos, que notre nom n’a pas encore été appelé, sentant une présence, je baisse les yeux, et te voilà, devant moi, les bras tendu, le sourire aux lèvres et le regard inquiet. Les larmes me viennent, je cherche Papa, Camille, … et je me baisse, te prends dans mes bras, gauchement, tu t’accroches à moi, déjà, comme à une bouée de sauvetage qui t’empêchera de te noyer dans ce lieu et cette ambiance que tu ne connais pas !

Ne pas pleurer, faire de ce moment une joie intense et visible, pour que ce soit ce que tu gardes en mémoire de cet instant.

Nous voilà réunis, tous les quatre, sur la banquette un peu plus loin, toi sur mes genoux, perdu, Camille à mes côtés, qui te tend une petite voiture, et Papa, un ou deux pas en retrait car tu as eu peur quand il t’a approché quelques secondes plus tôt. Tu oses à peine prendre le jouet, tu m’interroges du regard, déjà, je te dis que c’est pour toi, tu prends le jouet, tu l’examines, et, très vite, te revoilà perdu …

Ce seront finalement des petits oursons gélifiés qui auront raison de tes peurs : dès que je les sors de ma poche, que je t’en donne un, tu le manges avidement, en me regardant comme si je venais de te donner un trésor !

Camille part vers la nounou qu’elle vient de reconnaître, elles se serrent dans les bras l’une de l’autre. Les émotions se mêlent, tu es là, je suis heureuse, nous avons enfin atteint ce chiffre « 4 » tant rêvé, mais ma fille s’éloigne, comme rejoignant son ancienne vie … c’est un déferlement de sentiments qui me submerge… Respirer, fort, doucement, pour reprendre pied, pour ne pas te montrer la drôle d’inquiétude qui m’assaille. Allez, je prends la main de Papa, je le ramène vers moi, vers nous, je lui passe discrètement le petit sachet d’oursons. Il en prend un et te le tend ; tu le regardes avec tes grands yeux et souris ;  finalement, il n’aura pas fallu longtemps pour que tu le laisses t’approcher.

Ca y est, notre histoire à quatre est commencée, nous venons d’en écrire les premières lignes.